jeudi 1 mars 2012

film catastrophe en quittant l'antarctique


Avec les derniers hivernants de la TA61, nous avons embarqué sur l’Astrolabe pour revenir vers Hobart en Tasmanie. 
Nous avons dit au revoir aux futurs hivernants et derniers campagnards d’été avant d’attaquer la partie de l’aventure  que certains redoutent le plus: cinq jours de traversée sur ce navire polaire rendant malade les plus aguerris des marins. Une force 9 nous attendait à la sortie du pack. Je vous mets cette petite vidéo pour vous donner rendre compte. Ne la regarder pas trop longtemps si vous êtes sensible au mal de mer ! 



Il n' y a pas de remède miracle pour le mal de mer malgré les traitements médicamenteux que l'on peut proposer. J'avais découvert cette hiver dans une vielle revue de voile une alternative originale : Les boarding ring.  Il s’agit de porter une paire lunettes au look particulier. Elle dispose de sorte d'horizons artificiels grâce à un liquide coloré contenu dans des anneaux autour des verres. Il y en a même sur les cotés. Ces références horizontales tentent de diminuer le conflit d' informations contradictoire qui règne dans notre organe de l'équilibre: l'oreille interne.
le look Boarding Ring: imparable pour séduire en croisière ! 

Ce serait aussi efficace que les médicaments usuels mais une discussion avec un  habitué des traversée a douché mon enthousiasme . Il racontait qu'il  y a deux ans un passager en portait. Il avait décidé de mettre toutes les chances de son coté puisqu'il prenait aussi des médicaments, et arborait un bracelet anti-mal de mer...  Au final  il restitua  son premier repas à peine avalé sur la table au milieu des rares convives valides du bord.

Je viens d'apprendre qu’une très serieuse étude scientifique sur la sujet pour tester des nouveaux produits devrait se dérouler sur l’Astrolabe.  Si ces médicaments passe ce test, le succès mondial est assuré !

Difficile de faire un paralelle avec la Guyane sur la mal de mer...Je n'ai pas connu de passager de pirogue ayant eu le mal de mer. Pourtant les passages des "sauts" ( les rapides ) sont souvent mouvementés . Je vous mets une petite vidéo pour vous faire une idée et comprendre que les gilets de sauvetage ne sont pas superflus.


franchissement d'un saut ( rapide) en Guyane

L'inoccupation ainsi que la faim, la fatigue et la peur  est un des facteurs à éliminer pour éviter la naupathie*.  Nous restons hélas très passif sur ce bateau et regarder des films devient vite une activité quotidienne. Ce fut l'occasion de tomber  sur un "nanar" particulièrement savoureux dans ce contexte de retour du continent Antarctique: Arctic Blast (Menace Arctique).
Zut il y a une fuite et de  l'air glacial tombe par un trou de la couche d'ozone !!!

C'était un film catastrophe ou de l'air à -70°C des hautes couches de l'atmosphère vient à s'écouler   à travers un trou dans la couche d'ozone  se répandant sur la surface de la terre...
Non ce n'est pas l'Astrolabe dans une déferlante mais une scène d' Artic Blast


Et ce fameux trou justement est situé entre l'Antarctique et la Tasmanie. Vient la scène ou ce tsunami d'air glacial englouti   un bateau scientifique dans les 50°  avant d'atteindre le sud de la Tasmanie et Hobart ou nous dirigeons. Jubilatoire !
Oh là la !  le tsunami givré arrive à Hobart...Ca valait le coup de quitter l'Antarctique !

Voir enfin les gens se figer et cristalliser en quelques secondes avec cette T°C de -70°C est un grand moment de cinéma  surtout  que nous voyageons avec des hivernants de la station Franco-Italienne  Concordia qui ont affrontés des  températures bien inférieures...

voila ce qui arrive en 3 secondes quand on sort par -70°C de la station Concordia

A quand un film catastrophe ou la terre oscillant comme une toupie folle donnerait un mal de mer planétaire ? Bon je commence à délirer je vais aller faire un tour sur la passerelle. 

Ces sorties  étaient rarement décevantes. 

Le voyage nous a gratifié d’une dernière très belle aurore Australe. Nous avons pu apercevoir des derniers manchots empereurs sur leur plaque de glace et beaucoup  albatros géants carressant les vagues  de leurs longues ailes effilées.

Un dernier mot pour vous dire que  malgré mon retour dans la civilisation le  blog continue...

*naupathie: nom scientifique du mal de mer ( plus généralement du mal des transport).
  

jeudi 9 février 2012

Les Postes du bout du monde

La philatélie dans les Terres Australes et Antarctiques Française est une institution. Il faut dire qu’elle rapporte 10% du budget de ce territoire français et l’Administration en prend soins. En Terre Adélie, comme dans les îles de Kerguelen, Crozet, Amsterdam, un gérant postal est nommé chaque année pour s’occuper des milliers de lettres de collectionneurs du monde entier souhaitant avoir leurs plis oblitérés dans ce lieu extrême.
 
Ces collectionneurs s’intéressent aussi  souvent à la marcophilie. Ce sont les marques, les tampons qui sont apposés sur les courriers à l’occasion d’un événement particulier comme l’arrivée de l’Astrolabe, la mise en œuvre d’un projet scientifique, par exemple. C’est aussi les tampons indiquant l’expéditeur. Chaque année, la plupart d’entre nous réalisent un tampon personnel. Voici un exemple de courrier avec le mien et celui de mon successeur.

Peu de temps avant mon départ de Maripasoula, la Poste a décidé de construire des énormes boîtes aux lettres comme sur la photo, au milieu des carbets amérindiens. Celui-ci est dans le village de Twenke-Taluen.  Outre l’aspect esthétique discutable de ces gros furoncles jaunes, je n’ose imaginer le coût d’une telle construction qui  ne doit avaler en moyenne qu’une lettre par semaine...

Cette attitude est d’autant plus étonnante que La Poste s’attend à une chute de 30% de son activité "courrier"  dans les 5 ans du fait de l’essor d’internet. Elle est en pleine mutation et cherche de nouveaux débouchés pour ses acteurs de terrain et son réseau de proximité exceptionnel. Des services à domicile vont donc se développer comme la collecte de papier recyclable dans les entreprises.

En voyant l’engouement des philatélistes pour ces lieux isolés, je me demande si on ne devrait pas étudier  la création d’un centre philatélique à Maripasoula ou dans l'un de ces villages amérindiens. La création de timbres s’appuierait sur la riche iconographie de la forêt, des populations, de leur culture et de leur art . Cela donnerait aussi un peu d’emploi dans ces contrées où l’assistanat est devenu la règle.

dimanche 29 janvier 2012

Michel Rocard en Antarctique

Non, ce titre n'indique pas une visite virtuelle d'un homme politique, comme le précédent post « DSK en Antarctique ».
Ce n'est pas un secret, Michel Rocard, l'ancien Premier ministre de la France, actuel « Ambassadeur de France pour les négociations internationales sur des Pôles » effectue une visite en Antarctique.
C'est impressionnant de côtoyer cet homme d'Etat qui garde un esprit alerte et une santé étonnante pour un homme de plus de 80 ans.

Il est arrivé avec l'Astrolabe en débarquant de manière originale. Le bateau ne pouvant atteindre le quai par la banquise toujours présente et l'hélicoptère ne pouvant se poser sur la plate-forme à cause des containers, il est d'abord descendu sur la banquise où il a pris l'hélicoptère ( photo) …

Il reste quelques jours dans la base de Dumont d'Urville avant de rejoindre la station franco-italienne de Concordia. Un avion lui fera traverser l'Antarctique via la Base Russe de Vodstok pour rejoindre
la péninsule Antarctique et rejoindre l'Amérique du Sud.

On ne présente plus Michel Rocard. Enfin si, peut-être aux plus jeunes. Nommé Premier Ministre au début du deuxième septennat de Mitterrand, il permit d'aboutir aux accords dit « de Matignon » qui mirent fin aux sanglants affrontements de Nouvelle-Calédonie. Le dernier film de Matthieu Kassovitz retrace un des événements dramatiques, la prise d'otage de gendarmes par des Kanaks dans la grotte d'Ouvéa. Il fut aussi l'artisan du RMI. Ce Revenu Minimum d'Insertion qu'on ne présente plus malheureusement... Surtout aux
plus jeunes.

Ce RMI me rappelle une anecdote douce-amère vécue en Guyane. Elle m'a été racontée par le médecin qui avait créé les longues Missions fluviales médicales (4 à 6 semaines), fin des années 90, sur tout le fleuve  Maroni, frontalier avec le Surinam, comme j'ai pu en vivre, mais de quelques jours seulement, lors de mes séjours à Maripasoula récemment.
Au cours de ces missions de soins et de vaccination, ce médecin qui venaient pourtant régulièrement dans ces petits villages de Bushinengé* et d'Amérindiens fut accueilli bien plus chaleureusement que d'habitude. Certes il apportait (et apporte toujours) beaucoup d'attention et de soins à ces populations mais l'ambiance était
bizarre. Les habitants des 2 rives se pressaient en grand nombre à ses consultations. Jusqu'à près de 400 patients par jour pour l'ensemble de son équipe médicale ! Après quelques villages, l'interrogation cédant la place à la curiosité, il finit par demander des explications.
Le R.M.I étendait son réseau d'action sociale. Les bénéficiaires parmi les habitants de ces villages venaient de toucher leurs pécules. Le bruit avait vite couru le long du fleuve que cette allocation providentielle le « é-ré-mi », c'était forcément le bon Docteur « Rémy P.» , qui en était à l'origine…Ainsi vit-il affluer l'ensemble des riverains pour espérer en bénéficier!
Les « merci Rémy, merci Rémy* » à l'arrivée de sa pirogue dans les villages suivants prirent alors un goût un peu amer.

* Bushinenge ou noirs marrons ( voir le post « ouvrez le ban ! »)
** Rémy que je remercie pour cette anectode !

jeudi 12 janvier 2012

La Névrose Traumatique Capillaire

Beaucoup de corps de métier sont présents dans la base Antarctique de Dumont d'Urville.
Les coiffeurs ne sont pas du voyage donc il faut trouver la personne la plus douée de la base. Pour ma part, après avoir observé quelques coupes, et beaucoup de tergiversations, j'ai choisi Mireille. Plus habituée à couper des brins d'ADN de manchot pour ses recherches, je lui suis reconnaissante de m'avoir fait une coupe tout à fait honorable (ce n'est pas la photo !).

J'ai toujours beaucoup d'appréhension quand un instrument tranchant s'approche de mes cheveux. J'ai subi dans le passé quelques drames. 
On pourrait dire que je suis atteint de « névrose traumatique capillaire », une variété d'une réelle pathologique psychiatrique la « Névrose Traumatique* ».

Le premier traumatisme date de l'enfance alors que j'habitais aux Antilles. Un professeur de 6ème m'a dit devant toute la classe que mon coiffeur martiniquais devait être raciste. Je n'avais pas osé dire que c'était ma mère qui m'avait coupé les cheveux.
Une autre fois dans un petit village de Provence, j'avais fait une halte dans un charmant salon qui datait des années 30 : la devanture, le mobilier, et il faut bien le dire le coiffeur lui-même. Il était manifestement parkinsonien**, mais il maniait encore habilement ses ciseaux. L'attaque de panique est arrivée quand il a sorti son coupe-choux alors que je venais juste de remarquer les multiples pansements sur son visage, séquelles d'un rasage laborieux.
Mon dernier traumatisme date de la Guyane dans le petit village de Maripasoula. « Le salon » était chez un particulier. Plus habitué aux cheveux crépus, je le sentais un peu décontenancé, surtout au moment où je tentais avec mes 3 mots d'Aluku (la langue locale) d'exprimer mes dernières volontés. Je me suis enfui en état de choc au bout de 5 minutes en constatant que je n'avais pas, mais pas du tout, trouvé les mots justes pour le « légèrement dégradé sur le coté » et le « désépaissir dessus ».
Le résultat comme vous pouvez le constater sur la photo est proche de l'aspect des tous jeunes manchots Adélie qui perdent en dernier leur duvet sur la tête. Ça leur fait des coupes assez rigolotes. À l'époque, je n'avais pas cette référence pour relativiser. J'avais plutôt honte et j'ai porté une casquette, même pendant mes consultations, durant quinze jours !

Pendant l'hivernage, j'ai tenté de guérir de ces traumatismes en laissant aller ma créativité : Barbe courte, puis très longue, bouc, moustache (si, si ! mais pas longtemps…) boule à zéro et une autre coupe innommable et indescriptible dont je vous épargnerais les photos. C'est l'un des rares endroit où l'on peut se permettre ces
fantaisies sans craindre de se faire virer !

**La maladie de Parkinson est une maladie comportant des tremblements de repos et une lenteur dans les mouvements et une hypertonie.
*La "Névrose traumatique" est, elle, provoquée par de réels traumatismes psychologiques et source d'une véritable souffrance.

dimanche 8 janvier 2012

Les couleurs de l'Antarctique


On pense souvent que l’Antarctique est monochrome. Tout blanc. Difficile en effet de ne pas reconnaître que  c’est la couleur dominante… Avant de partir, j’avais acheté pour mes loisirs, dit "créatifs", un coffret « la peinture à l’huile pour débutant » .A travers l’emballage je ne distinguais  qu’un seul tube de blanc et j’ai aussitôt complété mon achat par trois  gros tubes supplémentaires.





 Pourtant toute la palette du peintre se retrouve en Terre Adélie. Les jeux du ciel sont très variables et on a le loisir d’admirer des teintes comme le rose, le violet, l’orange,le jaune et le gris bien sur. Cette dernière couleur  a la particularité de fait ressortir les plus belles couleurs de la glace comme  le bleu des icebergs et le vert de la banquise .
Ce vert qu’on retrouve également les nuits d’hiver sans nuages quand les aurores australes animent le ciel de drapés surnaturels.



De manière plus inattendue, on retrouve aussi du vert à la manchotière changeant de couleur pendant l’année. Vert prairie par en début d’hiver par les déjections très compactes des manchots qui se serrent pour se tenir chaud. Blanc quand il vient de neiger. Et en moment, gris,  quand les gros poussins  des empereurs perdent leur duvet.

La couleur  traditionnelle de l’IPEV ( Institut Paul-Emile Victor anciennement Institut Polaire Français)  pour des raisons que je ne connais mal, est l’orange. C’est la couleur de l’ancien drapeau des Expéditions Polaires Française ainsi que de l’actuel drapeau international  officieux de l’Antarctique. Les bâtiments de la base et certains vêtements de travail comme la fameuse « VTN » sont aussi de cette couleur. Enfin c’est aussi la petite touche de couleur "chaude" qu’on retrouve sur nos compagnons d’hivernage, les empereurs.


PS: merci à Françoise pour la photo d'aurore

dimanche 1 janvier 2012

Bonne année 2012:moucheron, avion et petards


Un petit post pour vous souhaiter une Bonne année 2012 et vous conter mon réveillon bien différent de ceux que j'ai passé à Maripasoula.


Le soir du passage de la nouvelle année dans ce petit village de 7000 habitants ne Guyane, il règne comme une ambiance de guerre civile dans un village de brousse africaine. Point d'échauffourée entre les multiples ethnies mais dès le coucher du soleil à 18h, une pétarade invraisemblable, des éclairs et des explosions envahit la nuit moite en atteignant son paroxysme à minuit. Acheté au Surinam frontalier et absolument interdit de vente en France, cet arsenal de fusée, de pétards en mitraillette ou seul mais gros comme des mortiers, nous font sursauter et
 sont souvent l'occasion d'accidents que nous nous redoutions de voir débarquer au Centre de Santé.
Le grand gagnant en 2008 en avait jeté un dans un récipient plein d'essence ! Belle brûlure de la moitié du visage chez un jeune de 14 ans, qui heureusement a cicatrisé sans séquelles.

Maripasoula 

Les seules explosions que nous avons entendues en Antarctique au premier de l'an sont les bouchons de champagne qui ont sauté à la fin de l' excellent repas de réveillon. Celui-ci comprenait foie gras avec confiture de figues, langouste, rôti de veau dans un croustillant et un gâteau « aux quatre chocolats ».


Peu avant minuit, soit 9h avant la France, est arrivé le compte à rebours et les inévitables voeux. Le traditionnel « bonne année, bonne santé » aux nouveaux hivernants, prends alors tout son sens en Antarctique. Rappelons qu'aucune évacuation sanitaire n'est possible pendant 8 mois à partir du mois de mars.


Notre pensée est venue rapidement aux passagers de l'Astrolabe, notre bateau ravitailleur, qui nous avaient quitté il y a deux jours en emportant une partie de nos camarades d'hivernage. D'après les dernières informations, ils devaient passer leur réveillon dans les « 50ième hurlants » en pleine tempête. Les voilà donc assuré d'une gueule de bois jusqu'à leur arrivée en Tasmanie dans cinq jours.

Un ISI: un Insecte en Situation Irrégulière

Pendant le repas, j'ai eu la surprise aussi de voir mon premier ISI de Terre Adélie, « un Insecte en Situation Irrégulière ». C'était un moucheron vivant mais un peu léthargique posé sur une coupe de champagne. Alors que je m'extasiais et le montrais à mes voisins, une scientifique en bout de table m'a interpellé en disant « tues-le, écrases-le ! ».

 J'étais estomaqué. Je ne savais pas si c'était une phobique invétérée, une sadique d'invertébrés, ou au contraire une fille pleine de compassion vers cet insecte solitaire et souffrant. Puis j'ai réalisé tout simplement qu'elle tenait simplement à respecter scrupuleusement le traité de Madrid qui protége le continent Antarctique de l'introduction de nouvelles espèces
quelqu'elles soient 



Vers une heure du matin, alors que je discutais dehors j'ai aperçu dans le ciel, éclairé par le soleil de minuit, un OVIA –un "Objet Volant Inhabituel en Antarctique". Il s'agissait d'un Boeing 747 volant assez bas au-dessus de la base, mais suffisamment haut pour ne pas l'entendre. Il était venu également l'année dernière et on m'avait expliqué qu'il transporte des touristes fortunés qui fêtent leur réveillon en survolant l'Antarctique. Tout le monde est sorti lui faire des grands signes comme des naufragés désespérés…que nous n'étions pas.



un OVIA: Un objet Volant Inhabituel en Antarctique

Effectivement, je mesure la chance que j'ai que j'ai d'être dans un lieu qui permette de m'émouvoir de la simple vue d'un moucheron ou d'un avion dans le ciel ! Et ce sans craindre qu'un pétard ou un coup de feu ne vienne me faire sursauter.

vendredi 30 décembre 2011

Du yoga en antarctique


Un post un peu plus léger pour ces fêtes de fin d'années. Que mes
lecteurs ne m'en tiennent pas rigueur, mais cette photo m'a rappelé
une anecdote amusante... Alors voilà...
Parfois en Antarctique on s'ennuie. On saute donc sur des nouvelles 
activités qui peuvent se présenter : faire la cuisine, tenter de 
pêcher d'affreux poissons pour la science, apprendre à souder, 
apprendre à compter les manchots…
Cet hiver, Mickael notre technicien météo, m'a proposé de participer 
à une séance de Yoga avec d'autres personnes. J'ai tout de suite 
accepté mais ce fut comment dire... un échec retentissant.
Installés sur nos tapis de sol au « séjour » entre le billard et le 
baby-foot, Il suffisait de reproduire très appliqués les figures 
ancestrales qu'exécutait notre maître, Mika. Derrière lui, les 
grandes fenêtres de notre salle de loisirs nous renvoyaient le 
spectacle grandiose du glacier, des icebergs et de la banquise se 
découpant sur un horizon rose-orangé. L'ambiance était parfaite et 
Je sentais « la zenitude » monter en moi.
Le soleil achevait de nous rendre sa courte visite hivernale quand 
arriva opportunément la figure dite de « la salutation au soleil ». 
En position de fente avant, il fallait ramener la jambe arrière d'un 
mouvement vif et élégant pour se retrouver bien droit en joignant 
les bras vers le ciel.
Étais-je trop détendu, mes chakras étaient-ils trop ouverts ? 
Toujours est-il qu'au cours de ce mouvement un peu brusque, un bruit 
sourd retentit dans le silence religieux et concentré de l'assemblée 
yogi. Mon sobre « oh pardon ! » ne faisait qu' attirer l'attention 
de ceux qui ne l'avaient pas entendu ou ceux qui s'interrogeait 
encore sur son origine.
La figure fût répétée et le bruit, bien malgré moi, également .Ce 
fut fatal. Je tentais d'étouffer un fou rire pendant plusieurs 
minutes, qui finalement se propagea progressivement à toute 
l'assemblée, en brisant à jamais la sérénité de cette séance de Yoga 
polaire.
Je n'ai plus jamais participé à ces séances de contorsion, qui 
semblait pourtant si bien me détendre.
"Oh pardon" encore pour cette petite histoire...

jeudi 22 décembre 2011

Croire au Père Noël en Terre Adélie

Un petit dessin pour souhaiter à tous de bonnes fêtes de Noël depuis
la Terre Adélie.

Et oui, croire au Père Noël en Terre Adélie c'était croire que
l'Astrolabe, notre bateau ravitailleur , arriverait avant le 25
décembre à la base de Dumont d'Urville en dépit des conditions de
glace très difficile cette année au large comme autour de la base.
Même les vents forts des jours derniers, n'ont pas réussi à «
l'éparpiller façon puzzle » comme dirait le regretté Michel Audiard.

Le pari est presque gagné car ce soir, on aperçoit ce soir
l'Astrolabe à 8 km, pas très loin du Rocher du Débarquement où Dumont
d'Urville posa la première fois le pied en Antarctique au 19ième
siècle. Il est à la limite de la zone d'eau libre bordée par une
banquise très épaisse.

Il faut comprendre que l'Astrolabe n'est pas un brise-glace et il ne
peut casser une banquise de plus de 50 cm d'épaisseur. Il n'a plus
comme solution que de se faire traîner sur la glace par une grande
armée d'empereur.

Rassurez vous l'hélicoptère ne va cesser de voler pendant quatre
jours pour débarquer les 30 personnes supplémentaires dont nos
remplaçants et l'important chargement.

Demain il y aura un repas de Noël avec près de 100 personnes.Un barbu
(ouf je ne le suis plus! ) sera réquisitionné pour s'habiller en
rouge et distribuer des cadeaux, qui n'ont pas été amenés par
l'Astrolabe, mais qui auront été confectionnés avec les moyens du bord.

lundi 19 décembre 2011

Des avions tout-terrain

J’ai retrouvé en Antarctique un avion que j’avais souvent emprunté en Guyane. Il s’agit du Twin Otter, ce petit avion d’une grande fiabilité que l’on retrouve dans les endroits les plus reculés du globe depuis plus de 40 ans.

La raison est qu’il est très rustique et polyvalent. C’est un avion à décollage court qu’on équipe aussi bien de roues, que de patins, ou même de flotteurs. En 5 minutes, vous transformez aussi cet avion de 18 places, en un avion de fret en repliant les sièges le long des parois. Enfin, il y a des boulons et rivets tous les centimètres. Bref, c’est du solide !

Il s’est récemment posé sur la banquise à coté de l’Astrolabe, notre bateau ravitailleur bloqué dans les glaces depuis 1 mois, pour apporter des vivres et ramener les personnels tant attendus sur la base. C’était une première. La piste avait été balisée avec des sacs-poubelles orange et l’avion s’est posé cahin-caha après plusieurs survols, sur une banquise très accidentée. Aussitôt en sortant de la carlingue les pilotes ont rassuré les futurs passagers: « don’t worry, we are professionnal »* .

En Antarctique, il faut bien comprendre que les avions ne sont présents qu’en été, car les conditions climatiques rudes, et la nuit polaire ne permet aucun vol de mars à septembre. Devinez d’où viennent ces avions qui volent autour en Antarctique ? Très étonnamment, de l’Arctique !

Étant donné que dans le Nord canadien les avions ne peuvent pas voler en hiver pour les mêmes raisons et que les saisons sont inversées entre les deux pôles, une société rentabilise intelligemment ses pilotes et ses Twin-Otter en les transférant du Nord au Sud au cours d’un voyage peu banal.

En plusieurs étapes, une petite escadrille de 3 Twins traverse le continent américain dans toute sa longueur en passant par les Antilles, puis en longeant la cordillère des Andes jusqu’à une dernière escale au Chili à Punta Arenas. Puis, c’est la traversée dangereuse entre le Cap Horn et une base de la péninsule Antarctique où l'on  remplace  les roues par des patins. Finalement, ils traversent ensuite notre 6ième continent en faisant une halte à la station du  pôle Sud, pour rejoindre les stations proche de la Mer de Ross qu’ils vont desservir pendant  4 mois : Mac Murdo, Terre Nova, Dumont d’Urville  et Concordia.

 

Entre ces deux dernières  bases, il existe une des  stations-service les plus paumées de la planète. Une fois posé au lieu-dit « D85 », le pilote n’a plus qu’à glisser sa carte Bleue dans le distributeur, taper son code  et attendre la voix métallique qui annonce « vous pouvez vous servir vous en Kérosène sans plomb 95 à la pompe numéro un »… Je plaisante évidemment. Il ne s’agit que de quelques fûts et d'un tuyau dans un simple conteneur au milieu du désert de glace. Pas même un cahier pour écrire difficilement avec ses moufles « Tango Alpha 61 a pris 300 litres de kéro le 12 décembre ».

En Guyane, le Twin-Otter assure la liaison quotidienne entre Cayenne et Maripasoula. On le retrouve également sur certaines lignes intérieures du Surinam, le pays frontalier. Ainsi, à une heure de pirogue de Maripasoula, sur la petite piste en herbe et cahoteuse de Lawa-Tabiki se bousculent tous types d’avions à décollage court en partance et en provenance de la ville de Paramaribo. Cette destination est très prisée par les noirs marrons et même les amérindiens car ils ont coutume d’aller faire des achats dans la capitale du Surinam bien mieux achalandée et bien meilleur  marché que Cayenne, la ville endormie.

La sécurité est très limite : pas de contrôle aérien, pas de tour de contrôle, pas de copilote, et la navigation s’effectue à vue à travers les averses tropicales. Pendant mon séjour, deux crashs aériens avaient eu lieu avec des Antonov An-14. Sept personnes d’une même famille du village Antecume Pata avaient disparu, marquant profondément  la communauté amérindienne.

Les vols sont pittoresques. Je me rappelle avoir entendu des poules glousser quelque part dans l’avion avant le décollage. En vol, le bruit assourdissant du moteur couvrait largement leurs bruits et rendait même les conversations difficiles. De toute façon, mon voisin de gauche était un petit réfrigérateur.

L’embarquement à Paramaribo était aussi très cocasse. Après avoir acheté notre billet forfaitaire de 100 kilos, nous devions monter sur le plateau d’une grande  balance avec tous nos bagages ou nos sacs de course. Un homme avec la complicité de la compagnie rachetait alors les kilogrammes que vous n’aviez pas « utilisés » pour les revendre aux enchères dans une ambiance  bien moins policée qu’une salle de vente Parisienne. Pour tout vous dire, c’était une véritable foire d’empoigne !
*« Ne vous inquiétez pas, nous sommes des professionnels »

Merci à Jean-Benoît pour la photo du Twin Otter se posant à côté de l’Astrolabe et à Sylvain pour la photo de « D85 » (Kilomètre 85 sur la piste du Raid motorisé vers Concordia).

samedi 10 décembre 2011

DSK en Antarctique


Non, je ne vais pas vous parler de l'exil de l'ancien  président du FMI sur la base française de Terre Adélie en tant que chef de district.
DSK serait déçu. Les soubrettes, c'est nous ! Et même lui, puisque le ménage, le service à table et la vaisselle sont faits par toutes les personnes sur la base à tour de rôle, quelle que soit sa fonction !
Non ! je vais vous parler un peu d'information et comment nous percevons l'actualité qui nous parvient ici, en particulier cette interminable affaire DSK...
Inutile de vous rappeler que nous n'avons pas accès à internet  et que les nouvelles nous parviennent au compte-gouttes via des dépêches AFP, ou des articles envoyés par les familles de certains hivernants.
Avant de partir en Antarctique, je compulsais fébrilement internet plusieurs fois par jour pour m'informer. J'ai lu par la suite que cette addiction était une manifestation d'anxiété autoentretenue alors je m'étais calmé. Depuis mon arrivée en Terre Adélie, le sevrage total du web s'est bien passé, mais je garde un œil sur l'actualité en faisant partie de la liste de diffusion des articles reçus sur la base.
Il paraît qu'au retour d'hivernage, on ne s'intéresse plus trop à l'actualité. C'est vrai qu'on relativise vite les soubresauts du monde. C'est une expérience que beaucoup ont déjà vécu en partant en vacances  à l'étranger sans accès à internet ni à la presse. Au retour, la terre continue de tourner, le monde  de consommer en polluant, les politiciens de faire de la politique et les journalistes de polémiquer en voyant des complots partout.
Je lisais récemment un éditorial de Serge Raffy du Nouvel Observateur qu'on m'avait envoyé.  A propos  de l'affaire DSK et du « Bois de Boulogne-gate », il s'interrogeait gravement : « L'interpellation de DSK en 2006 a-t-elle été communiquée à Jacques Chirac, alors Président de la République ? Quels que soient les torts et les dérives de Dominique Strauss Kahn, il est indispensable que toute la lumière soit faite au plus vite sur cet obscur "incident du Bois de Boulogne". »
Mon dieu que le retour va être dur… Suis-je tant en décalage que ça pour trouver cette histoire incroyablement futile et sans intérêt ? Je m'inquiète… Est-ce normal que je trouve cela  beaucoup moins important que l'événement qui vient de m'arriver sur la base ? 
C'est la deuxième fois que quelqu'un sort mon linge de la machine à laver et le pose tout mouillé dessus comme une grosse méduse, sans le mettre dans l'essoreuse ! Ce sont les campagnards d'été nouvellement arrivés… C'est sûr ! Et je suis pas loin de penser que c'est une conspiration contre moi ! Quels que soient les torts et les dérives du « Doc » de ne pas surveiller ses machines à laver, il est indispensable que toute la lumière soit faite au plus vite sur cet obscur « incident de la laverie de la base de  Dumont d'Urville de Terre-Adélie ».

mercredi 7 décembre 2011

Prédateurs tachetés


Un séjour en antarctique n'est pas sans danger, vous l'imaginez bien.

Les risques qui prédominent dans ces paysages inhospitaliers sontbeaucoup moins liés à la faune importante qui nous entoure qu' aux rudes conditions climatiques et à la glace si sournoise.
Le passage à travers une banquise fragile dans une eau inférieure à 0° est le danger le plus courant. Sortir de l'eau seul est très difficile car on ne peut s'appuyer sur les bords de la glace sans la casser un peu plus.
Se perdre dans un « whiteout » parfois à quelques mètres d'un bâtiment est aussi un classique qu'on aime raconter mais rare. La visibilité devient alors nulle par la neige et le vent et cette perte de repères est telle, que certains ont du mal à tenir debout ou ressentent une sensation de mal de mer.
Fréquenter trop près le glacier et les icebergs est à nos risques et périls. Leur caractère figé est bien trompeur car des pans de glace de plusieurs tonnes peuvent s'écrouler sans prévenir.
Sur le continent, les crevasses masquées par des ponts de neige sont des pièges redoutables pour les marcheurs et les engins mécaniques. Un de ces tracteurs à chenille repose d'ailleurs au fond d'une
crevasse à côté de la base depuis quelques années. La crevasse s'est depuis refermée et le glacier poursuit sa lente progression vers la mer... Peut-être le distinguera-t-on un jour à travers la glace translucide d'un iceberg à la dérive…
A la différence de l'Arctique où l'ours polaire est un danger omniprésent sur la banquise L'environnement animal autour de notre base est plutôt paisible. Chez nos biologistes, les accidents de travail originaux que j'ai pas osé déclarer cette année sont un hématome provoqué par un coup de bec d'un oiseau, un coup d'aileron
de manchot et une morsure de phoque.
Il y a pourtant en Antarctique un prédateur dont on ne se méfie pas assez. Il s'agit du léopard des mer. Cet animal qui ressemble à un phoque, est un carnassier mangeur de manchots et moins un amateur de
poissons comme son cousin. Lorsque la banquise disparaît, il rode invisible le long de ses berges pour se saisir de ses proies à peine ont-elle mis le pied sur la glace. En effet, ces nageurs vifs et rapides deviennent soudainement des marcheurs nonchalants très vulnérables. Son menu de choix reste les jeunes manchots encore duveteux, se mettant à l'eau pour la première fois à la fin de l'été austral.
Mais ce prédateur quand il patrouille le long des berges se dit parfois que ces très grands bipèdes aux couleurs si vives pourrait constituer un repas bien copieux. Certains se sont fait déjà peur en s'approchant un peu trop près des bords de la banquise. Il jaillit hors de l'eau en s'échouant lourdement sur la berge de la banquise pour tenter de vous saisir. Une fois sur la glace, le dandinement de ses 350 kg est bien insuffisant pour vous rattraper heureusement.
Il y a quelques années, un hivernant marchant tranquillement sur une banquise peu épaisse s'est fait une grosse frayeur. Un Léopard d'un coup de tête, a transpercé les 15 cm de glace et a saisit sa botte grand froid. Plus de peur que de mal et un retour à la base à cloche pied sans sa chaussure. À la base Dumont d'Urville, nous
restons donc sur nos gardes bien qu'aucun accident sérieux n'ait eu lieu. Dans tout le continent antarctique, on ne lui attribue qu'un décès par noyade d'un plongeur scientifique en 2003.
L'origine de son nom vient certainement de son caractère de prédateur et de son pelage tacheté comme ces félins des régions tropicales.

En Guyane, le félin le plus connu est le jaguar. Il a plutôt peur de l'homme, mais les amérindiens s'en méfient car il s'attaque volontiers à leurs chiens de chasse. Cet animal n'en demeure pas moins pour eux un animal sacré et fait partie de leur mythologie. Il est souvent représenté sous forme symbolique dans leur art et
leurs peintures corporelles de cérémonie qu'on voit hélas de moins en moins.
L'autre menace de cet animal, dont les amérindiens ont moins conscience est son implication dans une maladie qui s'appelle la « Toxoplasmose Amazonienne ». Vous connaissez sans doute la toxoplasmose que l'on rencontre en Europe. Celle maladie transmise par le chat est seulement dangereuse chez la femme enceinte et les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Dans la forme amazonienne, il s'agit d'une souche très agressive donnant souvent des formes graves ou prolongées quelle que soit la personne. On soupçonne le jaguar d'être le félin, à l'instar du chat, qui dissémine ce parasite microscopique dans la nature et que l'on
attrape en mangeant du gibier sauvage. Ce n'est pas exceptionnel puisque j'avais eu l'occasion d'en prendre en charge une demi-douzaine au centre de santé de Maripasoula en 3 ans.

Pour finir ce « post » je dirais que les premiers naturalistes polaires devaient être plus nourri de récits d'aventures africaines qu'américaines car les jaguars sont un des rares félins à aimer l'eau. Ils se baignent régulièrement et pêche même à l'occasion. Je trouve donc que le « Jaguar des mers » aurait été plus approprié et mon parallèle avec la Guyane dans ce blog, encore plus pertinent !

Photo du jaguar : Capture d'écran d'un extrait du reportage « passion sauvage en Guyane » de Nicolas Jouvin
Photo du léopard des mers : Merci Guillaume!

samedi 3 décembre 2011

Antarc-tique et autres insectes

Eh oui, il y a des insectes en Antarctique ! Je ne parle de pas des fameux tardigrades, ces insectes qui vivent sur la calotte glaciaire du Groenland et jouent à "Hibernatus" tous les hivers pour vivre pendant l’été dans les rivières (les bédiaires) qui se forment lors de la fonte. Je ne sais pas s’il y en a sur ce continent.

Non, non ! Je parle des insectes, ceux qui nous embêtent vraiment, nous piquent, nous effraient et bourdonnent à nos oreilles …Je croyais m’en être débarrassés définitivement en quittant la Guyane pour ce continent givré.  Je m’étais trompé.

Dans la forêt amazonienne, la biodiversité est telle que des espèces sont découvertes régulièrement. J’avais cru, une fois, au Centre de Santé de Maripasoula pouvoir donner mon nom à un insecte extrêmement bizarre parmi tous ceux qui nous rendaient visite  toutes les nuits attirées par la lumière. Même les personnels locaux du dispensaire n’avaient  jamais vu cette bestiole. Il ressemblait à Dark Vador rampant avec sa cape de carnaval couvert de paillettes… Après des recherches sur Internet,  j’apprenais avec déception qu’il était déjà connu et avait déjà un nom moins poétique que le papillon « darkvardora ducrotus à gros pif » que j’envisageais. Il s’appelait en fait  le Fulgorne porte lanterne ou encore "mouche cacahuète" ou "Rhinocéros Bug" pour les anglo-saxons !

En Terre Adélie, certains sont bien venus me montrer des boutons au cours de l’hivernage. « Regarde, je me suis fait piquer cette nuit...». «Mais bien sûr... et la marmotte replie le papier d’aluminium autour du chocolat… » (cf. la pub mythique de Milka, je crois)
Certes, il y a forcément eu déjà des passagers clandestins dans ces malles venant de France mais bon…Leur survie et leur reproduction a dû être difficile.

Je fais une petite parenthèse pour rappeler en tant que toubib les exceptionnels cas cliniques de paludisme provoqués par des insectes voyageurs. Par exemple, cette grand-mère qui n’a jamais quitté sa Bretagne natale mais piqué par le moustique Anophèle, libéré de la valise de son fils arrivé quelque temps auparavant d’Afrique. Autant vous dire que ce diagnostic n’est pas facile et l’issue parfois fatale.

Non, point d’insectes en situation irrégulière à Dumont d’Urville !

Je ne parle pas non plus des acariens que l’on trouve peut-être dans certains lits de la base... D'ailleurs, avant d’écrire ce post, j'en ai  cherché, en vain, sur mes draps aidé de mon microscope… Non, des "vrais" qui vivent au contact du froid polaire et non, dans le doux climat tropical de nos lits.

Il y a quelques jours avec des scientifiques, j’ai participé à une « manip » sur des phoques. Il s’agissait de leur mettre un « tag », une sorte de bague sur leurs nageoires. En manipulant leurs doigts palmés couverts de poils, nous avons remarqué de toutes petites boules. C’était des tiques! Nous en avons récupéré trois dont deux sont pris en photo ci-dessous. En fait, dans un article sur la faune en Antarctique, j’avais lu l’existence de ces insectes, mais je ne pensais pas en voir.

Cela reste un grand mystère de savoir comment ces tiques résistent au froid ambiant et aux plongées des phoques de Weddel qui peuvent descendre jusqu’à 1000 mètres de profondeur…Je suis perplexe.

Transmettent-ils aussi des maladies aux animaux comme le font les tiques de nos campagnes à l’animal et à l’homme et la fameuse maladie de Lyme ? Pourraient-ils transmettre ces maladies à l’homme entraînant ce qu’on appelle une « zoonose » ?  J’attendrai mon retour pour essayer de trouver une publication sur le sujet.

[Merci à Laura pour ta photo de la Mouche Cacahuète que je me permets d’utiliser sans te demander ! In mémoriam du chien de  Johanne…]

mercredi 30 novembre 2011

diagnostic d'une éclipse partielle de Soleil en Antarctique

Il y a quelques jours nous avons assisté à une éclipse partielle de soleil en Terre-Adélie. Nous avions eu la chance également pendant l'hiver d'avoir le plaisir de voir une éclipse de lune pendant l'hivernage.
Je rappelle que dans le premier cas c'est la lune qui passe devant le soleil et dans le deuxième c'est l'ombre de la terre qui masque la lune.

En 1999, je m'étais rendu dans une ville en France située dans l'étroit couloir ou l'on pouvait voir l'éclipse totale de soleil .J'étais dans un quartier résidentiel où il y avait beaucoup d'arbres et d'oiseaux. Le plus impressionnant avait été le silence des volatiles pendant les quelques minutes d'obscurité.
Je suis curieux de savoir comment auraient réagi les manchots Adélie qui nichent tout autour de nos bâtiments. Il jacassent sans arrêt, 24 heures sur 24 sous nos fenêtres. Il n'y a plus de nuit actuellement, le soleil se cachant juste derrière l'horizon vers 2h du matin.
Cette courte nuit de quelques minutes aurait eu de quoi les étonner. C'est certainement arrivé et je ne sais pas si sur Google on peut trouver des témoignages. J'attends vos commentaires !

Pour regarder une éclipse, il faut rappeler qu'il faut extrêmement protéger ses yeux sous peine de risquer des lésions irréversibles de la rétine. Les lunettes de glacier étant une protection insuffisante et n'ayant pas les lunettes ad hoc, une bonne solution est de regarder à travers la partie la plus opaque sur le coté des
radiographies médicales comme sur la photo.

J'avais posté la photo sur Facebook auparavant et un ami médecin m'avais mis un commentaire : « ce ne serait pas une luxation du lunatum sur la radio ? ». Oups ! J'ai vérifié la radio. Non c'était bien de l'humour. Le lunatum ou os semi-lunaire, et donc ressemblant étrangement à l'image du soleil à travers la radio, était bien à sa place dans la main. En plus, c'était ma main que j'avais radiographiée pour tester le développement, il y a quelques mois. Je n'étais pas passé à côté d'un diagnostic !

jeudi 24 novembre 2011

Retrouvailles avec Arthur mon alter ego



Cet après-midi, j'ai aidé Sophie et Agnès, deux des ornithologues  de la base, à compter des manchots Adélie sur l'une des îles de l'archipel. Équipé d'un petit compteur manuel, on fait le tour des différentes colonies et l'on doit compter chaque couple reproducteur, c'est-à-dire en général un mâle et une femelle sur son nid de cailloux. La densité est  évidemment  importante comme on le constate sur des photos de l'archipel des Pétrels en été. 

Cette tâche est aussi fastidieuse et ingrate que de compter des arbres dans la forêt guyanaise  ou des globules rouges sur un étalement de sang au microscope ! Mais voilà c'était sympa parce qu'il faisait enfin  beau depuis plusieurs jours, nous étions au sommet d'une île avec une magnifique vue sur la manchotière, l'archipel, le continent, le glacier et la banquise.

Impossible d'y distinguer l'Astrolabe, notre bateau ravitailleur coincé à plus de 280 km de la base et  isolé de nous car les hélicoptères ne peuvent plus voler à cause d'une panne et de la trop longue distance. Par contre, on pouvait apercevoir un petit point noir au sommet de la  calotte glaciaire. Il s'agissait du premier avion de la saison qui avait pu venir par cette météo clémente de Terra-Nova, la base italienne, et se poser sur la piste  dite « D10 » (10 km de la côte).

Après avoir déposé 5 nouveaux habitants, il décollait dans la foulée pour aller larguer près de l'Astrolabe la pièce de réparation d' hélicoptère mais aussi quelques vivres : des pâtes et du riz ! La durée de cette rotation R0 de plus d'un mois commence à rendre les menus du bord un peu frugaux. 

Cette sortie dans les rochers de l'île  « Jean Rostand »  m'a permis de retrouver avec joie Arthur, le manchot Adélie roux dont j'avais parlé dans un post précédent lors de la campagne d'été 2010-2011. Ce mutant remarquable se trouve faire partie  de ce que les ornithologues appellent «  les glandeurs ». Ces manchots qui traînent  autour ou dans les colonies, mais qui ne sont pas en couple.

Roux, célibataire, au sein  d'une "colonie" dans l'archipel des Pétrels, la comparaison avec mon alter ego s'arrête là car en ce moment je ne suis loin d'être un « glandeur ». Ma roulette de dentiste chauffe pas mal, la collection été-automne des virus 2011 avec l'arrivée avec les 25 nouvelles personnes sur la base. Les visites de fin d'hivernage commencent et la préparation logistique médicale du Raid et de l'ouverture de la base annexe Cap Prud'homme, m'ont beaucoup occupés ces dernières semaines. 

lundi 14 novembre 2011

Le quad sous toutes les latitudes


J'ai découvert les quads en Guyane mais je ne m'attendais pas en trouver en Antarctique. Ce véhicule connaît un succès croissant  aussi bien dans les activités de travail que de loisirs.

 En Guyane, c'est le véhicule des orpailleurs. On passe partout dans les chemins de terre jusqu'aux sites les plus reculés. Très puissants, ils servent à ravitailler les sites en essence, vivres et personnels. Pour se rendre à Benzdorp, un village « brésilien » au Surinam au milieu de la forêt, 5 à 6 personnes peuvent monter sur ce qu'ils appellent une « moto », traverser des zones inondées d'1 mètre de boue, gravir des pentes à 30 % aucun problème ! Au Centre de Santé de Maripasoula, nous en étions également équipés pour  toutes les activités logistiques.

A la base Dumont d'Urville, il sert à des petites manutentions et complète les  plus gros véhicules à chenilles de la base : Le Morooca, le Muskeg , le Challenger… En hiver, on remplace les roues  par des chenillettes et voici un véhicule bien plus polyvalent que le scooter des neiges. On peut y adjoindre une remorque et transporter le lourd matériel qui sert pour certaines « manips » scientifiques.

Ces quads sont des véhicules très dangereux. Les quatre roues donnent l'illusion de la sécurité or le centre de gravité est très haut et les retournements sont fréquents sans compter les risques d'éjection. En Guyane, les accidents graves liés au quad sont un vrai problème de santé publique.

Ici se rajoute le risque de passer à travers la banquise. Quand celle-ci  est épaisse comme encore actuellement avec plus d'un mètre d'épaisseur, et selon la température, elle permet de supporter jusqu'à 50 tonnes. À partir d'octobre, elle commence à fondre sournoisement par en dessous et parfois très rapidement. Comme tous les ans des marcheurs se feront ainsi piéger et c'est pourquoi les sorties sur la banquise ne se font pas seul et équipé d'une corde. Pour les véhicules, il est difficile de les rattraper et  quelques  vieilles épaves amusent déjà nos poissons locaux autour de l'île des Petrels. L'utilisation est donc très encadrée et limitée au travail.

dimanche 23 octobre 2011

dur dur d'être un bébé


Un petit post très court pour vous présenter cette photographie amusante absolument authentique  d'un poussin empereur qui vit durement au ras de la banquise sur les pattes de ses parents.

En fait, cette photo date un peu puisqu'ils sont maintenant pratiquement tous émancipés et ne sont plus « dans les pattes de leurs parents ».

Mais les manchots Adélie, qui ne vont pas tarder à revenir, vont bientôt nous gratifier de scènes semblables et même entre adultes ! Ils vont reprendre en masse possessions de leurs nids, collés les uns aux autres sur les moindres parcelles tout autour des bâtiments. Les plus chanceux seront alors sur les cailloux les plus hauts qui bizarrement  seront occupés en priorité !

Les manchots sont assez productifs en guano local et il suffit de quelques jours pour que le sol de la manchotière prenne vite une couleur verdâtre uniforme et non le blanc immaculé que l'on voit sur des photos prises après un épisode de neige. Il existe  un espace jouxtant, l'île des Pétrels, où sont souvent les empereurs en fin d'hiver (mais pas cette année) et que l'on nomme « Le Pré ». Peut-être qu'il a été nommé ainsi par les premiers hivernants pour l'aspect de pelouse anglaise par l'occupation des bipèdes. Ces déjections, avec l'augmentation de la température pendant l'été, vont bientôt éveiller d'autre sens... C'est alors un facteur pouvant perturber les mesures des scientifiques qui étudient la chimie de l'atmosphère.

Pour terminer, je me dis que cette projection impériale vengera les petites contrariétés des jeunes médecins découvrant la pédiatrie qui apprennent vite qu'on n'examine  pas le ventre d'un nourrisson déshabillé et allongé face à vous. Très fréquemment la palpation déclenche un jet d'urine très puissant  qui vous atteint au minimum en  plein cœur. Il faut toujours examiner un bébé en le disposant perpendiculairement à vous !

*merci à Sophie pour la photo.

mardi 18 octobre 2011

Apple sous toutes les latitudes

En apprenant la triste nouvelle de la disparition de Steve Jobs, j'ai eu l'idée de lui rendre hommage en montrant comment ses géniales créations m'ont accompagnées sous toutes les latitudes et plus précisément des latitudes extrêmes.
Que ce soit le système d'exploitation proche de linux (Software), ou la machine  en elle même (le Hardware), la fiabilité est impressionnante. Ceci est d'autant plus vrai que je les ai souvent trimbalés dans des endroits horrifiants pour du matériel informatique : l'humidité et le froid !

Au-dessus du cercle polaire arctique avec l'Ipod Classic 3ème génération : on me voit en train d'écouter de la musique dans la tente sur la calotte glaciaire du Groenland pendant l'expédition Racine de Glace en 2004. Je le rechargeais par panneau solaire.
En Guyane Française proche de l'équateur, que ce soit dans la forêt humide tropicale ou en pirogue sur les rapides du fleuve pendant les tournées médicales mon Iphone 3G m'accompagnait souvent. Sur la photo*,  je suis en train de rentrer une consultation sur l'appareil alors que je suis dans le poste de santé du petit village amérindien de Twenké avec, à mes cotés, Sabine notre agent de santé.
J'ai passé le cercle polaire antarctique avec simplement mon Powerbook vieux de 5 ans. J'avais offert mon Iphone 3GS avant de partir en me disant qu'il ne me serait d'aucune utilité ici. Est-il utile de rappeler qu'il n'y a pas d'antenne GSM en Terre Adélie... ?
Pourtant peu de temps après mon arrivée, je me disais que d'avoir dans la poche un appareil photo, ma musique, le Vidal (la "bible" du médicament), le dictionnaire Larousse et d'autres applications me serait bien pratique sur la base.
Alors, j'ai craqué et demandé au médecin qui rentrait sur Hobart de m'acheter un iIpod Touch (comme l'Iphone mais sans le téléphone)  et de me le faire parvenir lors de la dernière rotation de l'Astrolabe, le navire qui nous ravitaille.
Depuis, il me suis partout dans la base et même en balade sur la banquise au milieu des manchots (photo) ! Configuré avec le wifi de la base, je gère mes courriels, je surfe sur le site intranet de la base, et  je peux même gérer mon inventaire.

Bien que je fasse partie de la secte, je tiens à dire que je garde mon esprit critique.
Par exemple, à travers des moufles et des gants en polaire, on ne peut pas piloter l'écran tactile. C'est nul quand il fait -20°C ! A quant les i-gloves ?
Je reproche aussi à  mon Iphone 3G de n'avoir pas résisté à mon plongeon intégral dans l'eau salée du port de Cassis. Ou plutôt,  de ne pas m'avoir prévenu que la  filière** du bateau sur laquelle je m'appuyais pour passer une amarre était gravement corrodée. C'est impardonnable! Peut-être que cette fonction sera dans l'Iphone 5 qui n'est - paraît-il - pas encore sorti cette année. Merci aux dirigeants d'Apple d'avoir attendu mon retour.

Pour vous dire combien Apple, c'est vraiment bien : le dernier fruit comestible que l'on trouve encore après  10 mois d'hivernage sur la base... c'est encore la pomme !
 
*Merci à Laura pour la photo
** Câble ceinturant les bords des voiliers pour éviter de tomber à l'eau !

dimanche 9 octobre 2011

Du rugby et des Chinois en Antarctique.

 
Difficile de  vivre sa passion pour le rugby dans la base  française antarctique de Dumont d'Urville, en particulier en cette période de Coupe du monde qui se passe, cette année, en Nouvelle-Zélande .
 Certes pour les inconditionnels de  « phase de regroupe-men-gue » ( avec l'accent du Sud-Ouest),  il suffisait le mois dernier d'aller faire un tour à la manchotière, regarder  les  mêlées et mauls auxquels participent parfois les Empereurs. Ces scènes où plusieurs manchots se bousculent violemment sont en fait  des tentatives de rapt où  plusieurs femelles sans poussins se ruent  sur une pauvre malheureuse pour tenter de lui voler le sien*.
 On a bien essayé de regarder des vidéos pour se mettre dans l'ambiance mais  la seule cassette que l'on a trouvée et  intitulée « France-Nouvelle-Zélande ». était la désastreuse défaite contre les « Blacks » lors de la petite finale de la Coupe du monde 2007.
 Nous nous sommes rabattus sur l'espoir de suivre cette compétition si proche de nous, par la radio et  ainsi vibrer sur une hypothétique réaction d'orgueil de l'équipe de France face aux Anglais.
Avec Xavier, notre opérateur radio, nous avons donc  balayé sur son appareil professionnel les Ondes Courtes à la recherche d'une improbable « Radio Rugby International » ou d'une  plus certaine radio anglo-saxonne. Elle ne manquerait pas nous parler de ballon ovale régulièrement à défaut de diffuser le match en direct.
 Nous ne nous sommes pas attardés sur  les fréquences de  Radio France International car nous savions que nous n'avions aucun espoir. Un de nos aficionados  avait déjà  demandé directement par courriel  à RFI si des matchs seraient retransmis. La réponse fut sympathique mais implacable:
 « Bonjour ! Votre message nous a beaucoup émus. Etre écoutés, dans ce coin du monde ! (…)
Je crains que vos amis hivernants ne soient déçus, car RFI n'évoquera la coupe du monde de Rugby que dans les journaux d'information, généralistes ou sportifs. En principe, il y aura des infos sur le sujet dans les journaux « sports » de l'antenne Afrique à 5H13 TU et 17H20 TU (GMT). C'est dommage qu'il n'y ait pas davantage de rendez-vous, mais il est vrai que l'auditoire africain n'est pas aussi accroc à ce sport que l'auditoire néozélandais…. ».
 Eh oui  ! seules les ondes  de l'émetteur de  RFI  Afrique arrivent  à rebondir difficilement sur la ionosphère jusqu'en Terre Adélie.
 Hélas en parcourant les fréquences, nous réalisions que nous ne sommes pas tous égaux pour suivre le Rugby en Antarctique. Les plus favorisés sont manifestement les Chinois. En écoutant la plupart des radios audibles, il suffisait  de fermer les yeux pour rêver de rouleaux de printemps, de beignets de crevette ou de plats n° 5...
Tiens !? une radio dans une langue parfaitement compréhensible ! C'est en fait Radio Chine International en langue française…
 Décidément ils sont partout ces chinois : dans les dettes de nos états jusque  sur les ondes ! Et leur expansion semble inévitable.
 En Guyane, ils monopolisent déjà  toutes les épiceries à Cayenne et sur le littoral. Et en 3 ans; à Maripasoula, je les ai vus se développer  jusqu'au plus profond de la forêt tropicale! Dans des villages d'orpailleurs au Surinam, j'ai remarqué des échoppes  et des petits hôtels arborant le typique lampion rouge à l'entrée! Il  y aussi  leurs  épiceries tout le long du Maroni (le fleuve séparant le Surinam de la Guyane). Ils sont désormais présents de l'embouchure  jusqu'à quelques kilomètres du dernier village amérindien le plus au sud.
Pendant mon séjour, trois magasins se sont installés, sur la rive surinamaise en face de Maripasoula. Des pirogues depuis viennent incessamment chercher et ramener les clients sur la rive française. La concurrence est évidemment déloyale pour les rares commerces du village car leurs tarifs sont impitoyables. Leurs succès attirent aussi des convoitises. Au début de leur installation, j'en ai soigné plusieurs, victimes d'agressions parfois très violentes. Mais ils sont tenaces et désormais autour de leur superette en bois, des gardes armés de mitraillettes font maintenant les cents pas, jour et nuit.
 En Antarctique, pas de superette en vue mais bientôt  une nouvelle base antarctique. La plus haute du continent à plus de 4000 mètres. Le record de froid de la base russe Vostok  située à 3500 mètre, risque bien d'être battu (-89,2°C ).
 Dans notre difficile quête, nous n'avons  pas trouvé que des radios chinoises. Mais la radio australienne pendant ce match capital préférait parler de l'obésité et des régimes. Une radio brésilienne commentait  un match… de foot  et une radio nord-coréenne devait diffuser un hymne militaire à la gloire du Grand Leader, Kim-Jong-Il …
 Nous avons fini par renoncer.
  Tant pis ! un petit coup de fil onéreux par satellite à la  mi-temps, puis à la fin du match nous informait de ce beau sursaut de l'équipe de France et de l'élimination juste avant, des Irlandais.
 En attendant que les Africains et les Chinois se mettent au Rugby, envoyez-nous par courrier la cassette du match (et les suivants- mais que les gagnants !). Je vous rappelle l'adresse :
 Rugby Club de Terre Adélie 
Station Dumont d'Urville
District de Terre Adélie
VIA ORLY CTC OM

*pour les explications voir le blog de Sophie ou de Françoise.

vendredi 2 septembre 2011

Y a t'il du vent en Terre-Adélie? (2)

Un post précédent était intitulé déjà comme ça. C'était avant que je parte en Terre Adélie. J'avais trouvé une petite vidéo où l'on voit des hivernants sortir alors que le vent souffle comme souvent à plus de 150 km/h.

Nous avons - au cours de l'hivernage - plusieurs fois frôlé les 190 km/h mais toujours pas le record de la barre des 200km/h. Je l'avais rappelé précédemment, il semblerait que les vents soient de moins en moins forts en Terre Adélie. A noter que de manière amusante les statistiques ont brutalement chuté en 74. En fait, c'était les anémomètres qui étaient faux au-delà d'une certaine vitesse et  surestimaient  les données. Désormais les vents au-dessus de 200 km/h arrivent tous les 3 / 4 ans.

Nous espérons  déraisonnablement battre des records de T°C et de vent.  Certes, nous ne sommes pas comme Jean-François Deniau qui raconte dans "La Mer est ronde" comment il fut stupéfait en entendant une amie qu'il avait invité pour une sortie en mer, lui dire: "j'aimerais tant avoir une tempête, c'est si romantique" (et ils l'avaient eu !). Notre navire est bien amarré. Il vibre et fait beaucoup de bruit mais nous restons en sécurité.

Mais ça peut-être dangereux à l'extérieur comme cela s'est passé fin juillet. L'anémomètre n'a pas battu notre record mais il est probable que localement les vents ont pu être plus forts : des caillebotis en aluminium se sont envolés et nous avons retrouvé sur la banquise des morceaux de poutres entreposés sur la piste du Lion qui n'avaient jusque là pas bougé. Enfin, très étonnamment, un container de plus de 2 tonnes est même sorti de son emplacement, a culbuté et a glissé sur les  gravats sur 30 mètres (photo).

Un petit calcul physique approximatif montre qu'il faut  150km/h de vent pour le retourner (N.B. : il fait 3x3x7m et 2200kg) mais pour le sortir de son emplacement il a fallu certainement une sacré rafale !

La marche est évidemment très pénible pour nous mais les manchots, eux, ne sont pas perturbés par ces vents forts et continuent de faire des aller-retour contre des vents de 150 km/h pour nourrir les poussins.